Je me suis surprise en train de rêver. De penser que je prendrai le TGV pour aller à Lille pour l’oral du CAPES. De regarder sur des forums ce que les autres racontent sur leur année de stage. D’imaginer comment ce serait bien d’avoir le poste du collège de Bayon, réservé depuis des années pour les stagiaires. D’envisager concevoir des progression pour tous les niveaux pendant l’été, pour biena démarrer l’année scolaire.
Il est temps de revenir les pieds sur terre.
En réalité, j’ai peur et je n’ai pas confiance en moi.
Ça y est, le dossier RAEP est envoyé. Avec une petite erreur, il manque un « été » dans une structure verbale, je ne l’ai vu qu’après. Envoyé en recommandé avec AR, alors que l’on nous avait demandé des recommandés simples, Vincent c’est trompé. Tant pis… J’aurais pu mieux faire.
C’est pour la première fois que j’écris de cette façon. Morceau par morceau, à petit pas, un puzzle que je reconstruis sans arrêt. Autrefois, j’écrivais dans l’urgence, pendant la nuit avant de rendre le devoir, comme si c’était que dans cet état exaspéré que je pouvais me rassembler. Pas cette fois-ci… deux jours d’acharnement, et beaucoup de temps après, à revoir.
C’est aussi pour la première fois que je fais lire un de mes écrits par d’autres personnes. A commencer par la formatrice, qui m’a déçu, dans ses yeux je ne suis que la petite assistante d’éducation, face à des professeurs contractuels, avec de l’expérience, elle se demandait comment j’allais m’en sortir. Néanmoins, dès la deuxième correction, elle n’avait plus rien à me demander de changer. Puis le directeur, il fallait qu’il authentifie mon dossier… membre des jurys de VAE éducateur spécialisé, « ça fait très longtemps que je n’ai pas lu d’écrit professionnel de cette qualité », m’a-t-il dit. Voilà qui est rassurant… Et les collègues, à qui j’avais demandé de chercher « la petite bête », le « e » manquant, la structure syntaxique défaillante… Une prof de français également, que j’apprécie beaucoup. « Beau galop d’essai », « on voit que tu maîtrises ».
Le problème est justement là. Je ne maîtrise rien. J’ai lu, relu, j’ai fait, j’ai rédigé. En début d’année, j’ai pleuré, car je n’ai pas eu ce poste de contractuel auquel je rêvais. Je me suis consolé en montant le projet La plume et la crinière, mélange d’équitation et d’art, surtout littérature, pour une classe d’ULIS que je redoutais. Les élèves m’ont beaucoup aidé heureusement, même si on a vécu aussi des moments difficiles. A leurs côtés, j’apprends moi aussi. Et on avance.
Il ne me reste qu’a attendre. Et jusque début avril, ça va être long. Il faut que j’attaque la préparation de l’oral… épreuve que je redoute encore plus. Je connais bien le tremblement de mon corps, la voix qui s’efface, ajoutez le complexe de la prononciation, de cet accent de l’est que je vais traîner toute ma vie avec moi… Il me reste des livres à lire, des cours à réviser, le rythme affolant entre boulot-maison-famille-formation.
J’ai peur. Mais je me souhaite de la chance, beaucoup de chance. J’en aurai besoin.
Maman, Papa,
je vous en supplie,
ne me laissez pas croire
que mes désirs sont tout puissants.
Maman, Papa,
je vous en prie,
prenez le risque de me frustrer
et de me faire de la peine
en refusant certaines de mes demandes.
Maman, Papa,
c’est important,
pour moi, que vous sachiez me dire non,
que vous ne me laissiez pas croire
que vous pouvez être tout pour moi,
que je peux être tout pour vous.
Maman, Papa,
surtout entendez mes désirs
mais n’y répondez pas tout de suite.
En les satisfaisant trop vite…
vous risquez de les assassiner.
Confirmez-moi que j’en ai, qu’ils sont
recevables ou irrecevables mais
ne les prenez pas en charge à ma place.
Maman, Papa,
s’il vous plaît,
ne revenez pas trop souvent sur un refus,
ne vous déjugez pas.
Pour que je puisse ainsi découvrir
mes limites et avoir des repères clairs.
Maman, Papa,
même si je réagis, si je pleure,
si je te dis à toi, Maman «méchante et sans coeur…»,
reste ferme et stable,
cela me rassure et me construit.
Si je t’accuse toi, Papa, «de ne rien comprendre»
ne m’enferme pas dans mes réactions.
Maman, Papa,
par pitié
même si je tente de vous séduire, résistez,
même si je vous inquiète, ne vous soumettez pas,
même si je vous agresse parfois, ne me rejetez pas.
C’est comme cela que je pourrai grandir.
Maman, Papa
vous dire aussi à chacun
que je ne suis que votre fils, votre fille.
Jacques Salomé, Heureux qui communique, Albin Michel 1993










